La plainte douloureuse
Hubert GUYARD
Presses Universitaires de Rennes
2009
407 pages
Présentation de l'ouvrage
Hubert Guyard, professeur en sciences du langage à l’Université européenne de Bretagne – Rennes 2, spécialiste des troubles du langage et consultant dans le service de neurologie et à l'unité d'évaluation et de traitement de la douleur chronique du CHU de Rennes, propose dans cet ouvrage une approche originale de la plainte douloureuse.
Cette plainte, qui transforme la douleur biologique en souffrance humaine, relève de quatre registres de processus. Elle est logiquement conçue à travers les mots dont on dispose, techniquement traitée à partir des moyens mis en œuvre, socialement reconnue en fonction des réseaux d’appartenances et des compétences professionnelles, enfin moralement évaluée et endurée du fait des exigences éthico-morales que le douloureux s’impose.
S'appuyant sur la théorie de la médiation de Jean Gagnepain, c'est en définitive à une théorie « tétramorphe » du fonctionnement humain qu'une telle analyse de la douleur fait appel.
Proposant des repères pour l’écoute et l’accompagnement des malades, ce livre s’adresse à tous ceux, médecins, infirmiers, psychologues, étudiants, patients, concernés par la douleur chronique.Dessin de couverture de Corentin, Kilian et Ewen
L'auteur :
Hubert Guyard, Professeur de Sciences du Langage à l'Université de Rennes 2 est décédé le 15 février 2009.
Table des matières
Introduction
Chapitre I — Une douleur à visages humains
1. La plainte douloureuse n’est pas réductible aux seules données de la biologie
Chez les historiens
Chez les sociologues
Chez les psychologues ou psychanalystes
2. La plainte douloureuse est complexe et doit être analysée ou déconstruite
Les composantes de la douleur
Le tétramorphisme de la rationalité
3. Une douleur logiquement conceptualisée : un symptôme
4. Une douleur techniquement produite : un dysfonctionnement
5. Une douleur socialement reconnue : un handicap
6. Une douleur moralement endurée : une épreuve
7. Une formalisation incorporée
Chapitre II — La complexité d’une consultation
1. La consultation comme échange de service
La consultation : la place de chacun
Les consultations : un parcours de compétences
2. La complexité de la clinique
Contribuer au diagnostic : la collocution
Contribuer au traitement : la coopération
Contribuer au soulagement : la compassion
3. Les difficultés des douleurs chroniques
Difficultés diagnostiques
Difficultés techniques
Difficultés thérapeutiques
Chapitre III — De l’empathie à l’argumentation
1. De la subjectivité immédiate à la médiation des arguments
L’empathie immédiate ou subjective
La médiation des arguments
L’empathie thérapeutique (ou médicale)
Identification ou traduction ?
La mesure de l’erreur est humaine
De la subjectivité immédiate à la prise de distance
2. La dimension paradoxale de l’argumentation : contredire et persuader
3. Les raisons incidentes de l’argumentation
L’argument logique : démontrer en disant
L’argument technique : démontrer en faisant
L’argument moral : démontrer en jugeant
Chapitre IV — La douleur racontée
Introduction
1. La nécessaire déconstruction du récit
Le récit est un concept trop hétérogène
Faire connaissance avec le douloureux chronique
Cohérence et cohésion de la narration
Cohérence et cohésion de l’évènement
Le récit comme dramatisation (l’aventure, le trauma)
Le récit comme écriture (le scr1pt)
2. De quoi la fiction narrative constitue-t-elle l’abstraction ?
L’analgésie préventive
L’algohallucinose
Douleur commune ou douleur propre
La douleur en héritage
Chapitre V — Les raisons de la descr1ption des douleurs
1. L’importance de la descr1ption
La complexité de la descr1ption douloureuse
Quatre raisons implicites à l’œuvre dans la descr1ption de la douleur
Le paradoxe du descr1ptible et de l’indescr1ptible
Des douleurs progressivement approchées par la descr1ption
2. Quatre parcours descr1ptifs
La descr1ption comme parcours explicatif
La descr1ption comme parcours exécutif
La descr1ption comme parcours interlocutif
La descr1ption comme parcours expressif
3. La reformulation descr1ptive
Le poids de la référence dans les reformulations explicatives
Le poids de l’efficience dans les reformulations exécutives
Le poids de l’influence dans les reformulations dialogiques
Le poids de la préférence dans les reformulations expressives
Conclusion
Chapitre VI — Savoir, ouvroir, devoir
1. L'éducation du patient. A propos de la migraine
2. Le savoir des patients migraineux
1.1. Un savoir médical à relativiser
1.2. Une douleur hétérogène et complexe
1.3. Des constellations de mots
1.4. Le déroulement de la crise migraineuse
1.5. La localisation de la douleur
1.6. Ce que le médecin peut retirer de l’analyse de ses patients
3. L’ouvroir des patients migraineux
4. Le devoir des patients migraineux
5. L’éducation du patient
Conclusion
Chapitre VII — La douleur en questions
1. Un rapport non transparent de la question et de la réponse
2. Une professionnalisation des questionnaires
Les questionnaires sur le vocabulaire de la douleur
Les questionnaires sur la représentation de la douleur
Les questionnaires sur l’évaluation de la souffrance
L’échelle H.A.D. d’évaluation de l’anxiété
L’échelle de qualité de vie
3. Les questionnaires en question
Une répartition forcée des visées performancielles
Le statut de l’objet dans la démarche scientifique
Une volonté de se démarquer des sciences « dures »
4. Effacer ou exploiter les obstacles culturels : question de méthodes
Conclusion
Chapitre VIII — La douleur comme enjeu
1. Douleurs et sclérose en plaques : Les malades comme partenaires obligés d’une définition du soin
Présentation du problème
Présentation méthodologique
Résultats
Des données dynamiques
Conclusion
2. L’hétéro-évaluation de la douleur : La douleur comme enjeu d’une compétence professionnelle
L’hétéro-évaluation de la douleur n’est pas immédiate
Sémantiquement
Techniquement
Socialement
Moralement
3. Représentation des douleurs induites par les soins (DIS)
Étude des douleurs induites par les soins
Essai de nomenclature des douleurs provoquées par les soins
Mesure de la fréquence et de l’intensité de la douleur
Typologie des douleurs
Solutions déjà mises en œuvre
Améliorations envisagées
Comparaison des deux services : neurologie et MPRA
Une part de responsabilité à négocier
Le cadre plus général d’une politique de santé publique
L’analyse des processus : la modélisation d’une collaboration professionnelle
Une approche dynamique du fonctionnement
Des problèmes davantage ciblés
Un espace contractuel de responsabilité en quête de ses limites
Faire exister les douleurs induites par les soins
Conclusion générale
Chapitre IX — Plainte douloureuse et psychopathologie
1. Comprendre le fonctionnement normal
2. Le cadre général d’une anthropologie clinique
La preuve est dans le symptôme
Au-delà du handicap, la recherche du symptôme
Des douleurs psychogènes
Des références à la psychiatrie
3. L’apport des troubles neurologiques
Le niveau discriminatif
Le niveau structural : la pathologie comme fusion
Le niveau gestaltique : la pathologie comme abstraction forcée
4. L’apport des troubles psychiatriques
L’abus de pouvoir : la mesure de la violence entre fusion et autolyse
L’attentat à la pudeur : la mesure de la décence entre fusion et autolyse
L’abus de consommation : la mesure de la tentation entre fusion et autolyse
La négligence coupable : entre fusion et autolyse
Schéma des dérives (ou des crises) possibles face à la douleur
Conclusion
Chapitre X — La douleur décevante
1. Des douleurs chroniques psychogènes de type hystérique
2. Une étude sur les douleurs hystériques
Perspectives générales de l’étude
Résultats de l’étude
La douleur chronique comme préoccupation excessive de la santé
La chronicité comme restriction progressive du légitimement supportable
Une restriction qualitative ou quantitative : de pire en pire, ou de plus en plus
Un formalisme de la transgression morale
La plainte hystérique comme construction paradoxale : réquisitoire et plaidoyer
La chronicisation comme dramatisation après-coup d’événements traumatisants
La chronicisation comme légitimation contraignante, au risque progressif de l’illégalité
3. La douleur hystérique comme métaphore
Une société confrontée à l’incertitude
Une société moralement préoccupée de l’abus de pouvoir
Conclusion
Bibliographie