Rennes le 12 octobre 2007
Monsieur le Président, Messieurs les Présidents
Cher Martial Gabillard représentant Monsieur le Maire
Cher Bruno Gagnepain
Chers amis.
Bonjour à tous et merci d’être venus à cette cérémonie. Merci Monsieur le Président, merci aux Instances de l’Université d’avoir choisi de rendre hommage à Jean Gagnepain en donnant son nom à l’amphithéâtre où il a rassemblé pendant quelques décennies, à l’occasion de son séminaire, plusieurs générations de personnes appartenant à des disciplines et à des horizons différents. Si Jean Gagnepain a en effet réussi à rassembler régulièrement, à raison d’une douzaine de séminaires par année, autant de personnes, c’est parce que les unes et les autres, à des titres divers, ont compris que quelque chose d’essentiel, de nouveau se disait dans ces séminaires, c’est parce qu’elles trouvaient dans les propositions de la théorie de la médiation des éclairages nouveaux concernant les questions sur lesquelles elles butaient dans leurs disciplines et leurs métiers respectifs. Et effectivement nous savons, ceux d’entre nous qui ont participé aux séminaires de Jean Gagnepain, combien la théorie de la médiation, non seulement nous a enrichi les uns et les autres dans notre réflexion, mais qu’elle a ouvert des voies nouvelles qu’il nous appartient désormais d’explorer chacun dans nos propres domaines et là où nous sommes .
Comme toute pensée puissante, comme toute théorie nouvelle apportant des regards inattendus, mais pertinents et nécessaires à notre compréhension du monde, l’anthropologie clinique et la théorie de la médiation ont suscité certes l’adhésion mais tout autant l’indifférence et l’hostilité, et en premier lieu dans cette université. Jean Gagnepain, nous le savons, accordait peu d’importance à ces réactions, il s’en amusait même, considérant qu’elles ne faisaient que manifester chacune l’ignorance et l’incompréhension de son entreprise scientifique. L’important pour lui, c’était d’élaborer à partir, mais au delà de sa propre discipline, les sciences du langage, les bases d’une nouvelle anthropologie, pour nous aider à mieux analyser et à comprendre autrement et de manière pertinente, adaptée à notre temps, les phénomènes de culture. C’est en ce sens et avec cette ambition qu’il a forgé ce qu’il a appelé la théorie de médiation, différente dans sa conception des théories classiques des sciences humaines. En effet il la concevait seulement comme un simple outil pour aider à penser les phénomènes de culture, un outil devant être sans cesse amélioré par sa mise en œuvre et la confrontation à la réalité des activités humaines et par l’expérimentation. Nous savons que Jean Gagnepain a pu satisfaire cette exigence d’expérimentation grâce à la collaboration avec Olivier Sabouraud, dont il faut aussi en cette heure saluer le rôle, car sans lui la théorie de la médiation n’aurait sûrement pas été ce qu’elle est.
C’est ainsi que Jean Gagnepain a pris ses responsabilités dans le renouvellement du savoir. C’était sa manière de contribuer à l’édification d’une nouvelle université, qu’il appelait avec malice Rennes 3, une université se libérant des savoirs construits et féconds certes pour une époque dont nous vivons le terme à travers les mutations qui la transforment, mais des savoirs qui sont souvent devenus aujourd’hui des carcans, des obstacles à l’activité scientifique. Jean Gagnepain a compris très tôt que dans un monde en mutations l’université devait aussi mûter en travaillant à produire les connaissances et à imaginer les formations pour le siècle dans lequel nous entrons.
Si nous rendons hommage aujourd’hui à Jean Gagnepain, c’est certes parce qu’il a marqué notre université de ses enseignements et de son rayonnement intellectuel, mais c’est aussi, je le souhaite, pour marquer l’intention de faire vivre son œuvre. Il appartient alors à l’institution universitaire qui fut la sienne et aux différentes structures de recherche, notamment le Lares premier noyau de sociologues en France à s’intéresser à la théorie de la médiation et à la mettre à l’épreuve dans leurs travaux, et le Las, qui désormais a intégré en son sein le Lirl qui fut son laboratoire, de reprendre et de poursuivre son entreprise scientifique. Sans cette volonté de ces institutions respectives, notre hommage se limiterait à une simple commémoration d’un passé certes brillant, mais que l’on voudrait révolu. Ce que craignait le plus Jean Gagnepain. En effet ceux qui l’ont connu savent qu’il ne voulait surtout pas qu’on le statufie en l’honorant, ni qu’on enterre la théorie de la médiation en la conservant en l’état ou encore pire en en faisant une doctrine intouchable, et qui le serait d’autant plus qu’elle serait marginale, puisqu ’il la concevait avant tout comme un point de départ, comme un ensemble ordonné, raisonné de jalons, de repères pour des voies nouvelles du savoir sur l’humain. Comme il nous répétait sans cesse, je ne dis pas que j’ai raison, mais j’essaie de proposer quelque chose de fondé et de cohérent, de fabriquer un outil qu’il restera à améliorer et à utiliser. Et il comptait beaucoup pour cela que l’on dépasse les frontières de l’université pour travailler avec les hommes et femmes qui sont confrontés dans l’exercice de leurs métiers à l’exigence de nouvelles approches, de nouveaux outils. C’était sur la fin de sa vie une de ses grandes préoccupations. Saurions-nous faire un autre usage de la théorie de la médiation qu’un usage académique ? Saurions nous organiser et recevoir les contributions de ceux qui par leurs métiers font le monde au quotidien ?
Je voulais seulement insister sur ces deux points en ce jour de reconnaissance et d’hommage. Je terminerais en rappelant que Jean Gagnepain certes nous a laissé une œuvre marquante et qui marquera assurément les sciences humaines. Nous, une partie de sociologues, rennais, extérieurs ou étrangers, nous devons beaucoup à Jean Gagnepain, et je dirais sur tous les plans. Jean Gagnepain nous a marqués par les qualités de sa personne, qualités qu’il manifestait sans cesse par son humour plein de sel mais toujours bienveillant. L’humour faisait partie de sa méthode. Qu’est-ce qu’il nous a fait rire !. Et bien continuons à rire de nos difficultés de toutes sortes si nous voulons que vive l’œuvre de Jean Gagnepain. ! Il faut rappeler aussi la qualité qu’il apportait dans ses relations. Et on se doit de retenir son exemple, si dans cette université nous voulons nous entendre comme il était si facile de s’entendre avec Jean Gagnepain, quelles que soient les divergences que tels ou tels collègues puissent avoir avec lui.
Merci à tous
Merci aux collègues du Lirl
Merci à Irne Brunel, à Thérèse Olivier, à Martine Autret, à Aurélie Bertrand, et aux autres personnes qui ont pu les assister pour la préparation de cette manifestation.
Merci à Bruno Gagnepain d’être venu. Nous sommes honorés de votre présence cher Bruno. Vous ne manquerez pas de transmettre nos salutations et notre amitié à Madame Gagnepain qui est pour bon nombre d’entre nous continue d’assurer la présence vivante de Jean Gagnepain. Dites lui combien nous l’estimons et l’aimons.