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Parentalités et filiations adoptives [25/06/2008] - Auteur : admin

Les carnets de Parentel

Revue semestrielle d’échanges pluridisciplinaires sur la parentalité

N° 28 : Parentalités et filiations adoptives

 

Détail de ce numéro sur le site de l'association www.parentel.org .

Avec les contributions de :

Elisabeth CASTEL, psychologue, Parentel

Daniel COUM, psychologue, Parentel

Fanny COHEN HERLEM, pédopsychiatre, Paris

Armelle GALIN, psychologue clinicienne, accueillante à l’Arbre Vert, Paris

Marie-Christine LE BOURSICOT, magistrate, Rouen

Sophie MARINOPOULOS, psychologue et psychanalyste, CHU.

Camille MANACH-MASSON, psychologue clinicienne, accueillante à l’Arbre Vert, Paris

Armelle NORMANT, présidente de l’association Les Bolomigs

Jean-Claude QUENTEL, psychologue, Pr. en Sciences Humaines, Rennes

 

« Chaque enfant, qu’il soit adopté ou non, au sein de chaque famille, est porteur d’une histoire qui lui est propre. Chaque enfant vient témoigner de son jardin secret et de sa fantaisie concernant son histoire et celle de ses parents : le contexte de sa naissance, ce qui lui a été dit, ce qu’il a imaginé, ce qu’il pressent… et la construction imaginaire qu’il fera de son histoire et de ses origines. Il s’agit là du roman familial évoqué par Freud et qui concerne tout enfant, qu’il soit adopté ou non. Alors l’adoption, comme autre forme du « faire famille », peut-elle venir éclairer le lien parent-enfant ? L’adoption peut-elle nous aider à comprendre la place de l’enfant au sein de la famille ? Enfant, adopté ou non… Ne s’agit-il pas pour chaque enfant de devenir sujet de sa propre histoire et ne plus être seulement objet de désir pour ses parents ? »

Elisabeth Castel


NOUVELLES DE L'EDITION [11/06/2008] - Auteur : admin

Un Savoir de référence pour le travail social.

JEAN-YVES DARTIGUENAVE - JEAN-FRANCOIS GARNIER

Editions ERES
Pratiques du champ social

ISBN : 978-2-7492-0883-1
EAN : 9782749208831
13,5 x 21, 272 pages 
 

Le plus souvent, les travailleurs sociaux ont l’impression de ne disposer que d’un savoir en miettes qui donne à voir un homme morcelé, ce que renforce la tendance actuelle à réduire le traitement des difficultés et des souffrances humaines à de simples procédures ou dispositifs. Or le travail social, sous peine de perdre son âme, doit s’articuler à un savoir constitué sur l’homme – sans pour autant renoncer à le discuter, à en éprouver sa pertinence – qui ne soit pas la somme des apports disciplinaires (sociologie, psychologie, économie sociale, etc.).

En prenant appui sur des situations concrètes qui nécessitent l’intervention de travailleurs sociaux, les auteurs définissent une anthropologie qui rend compte de la spécificité des processus par lesquels l’homme négocie son rapport au monde et aux autres. Ils présentent ainsi un antidote aux dérives instrumentales et managériales qui affectent aujourd’hui en profondeur le travail social.

Quatre ans après la parution de L’homme oublié du travail social, cette nouvelle édition rebaptisée en appelle à dépasser l’ornière de « rien ne va plus » pour construire une alternative théorique qui confère un sens aux pratiques existantes, et envisage des pistes de travail inexplorées. Son ambition est de participer à la valorisation des pratiques d’aide et d’assistance aux personnes trop souvent décriées, en les ancrant dans une posture épistémologique exigeante.

Sociologue pendant une dizaine d’années dans un service d’action sociale d’une CAF, Jean-Yves Dartiguenave est aujourd’hui maître de conférences en sociologie à l’université de Rennes 2 et chercheur au LAS.

Ancien travailleur social, Jean-François Garnier a été formateur dans un Institut régional de formation de travailleurs sociaux. Docteur en sociologie, il est chercheur au Laboratoire d’anthropologie et de sociologie (LAS) de l’université de Rennes 2.

Le parent
Responsabilité et culpabilité en question


Jean-Claude Quentel

Editions De Boecke
Collection : Raisonnances

Cet ouvrage a pour objectif d'expliciter les fondements mêmes de la parentalité à partir des acquis des sciences humaines contemporaines, que ce soit de la psychanalyse, de la sociologie, de l'ethnologie ou de l'histoire.
C'est à travers l'examen des deux registres déterminants de la responsabilité et de la culpabilité que l'on tente de voir à quelles lois spécifiques répond le fonctionnement de l'homme lorsqu'il se fait parent. Ces deux registres ne s'ordonnent pas au même principe explicatif. S'appuyant sur l'expérience de la clinique, le livre en démonte les rouages, dans leur lien avec l'exercice de la parentalité, de telle sorte qu'il devient possible de repenser nos conduites contemporaines à travers le moindre acte de la réalité quotidienne.

Jean-Claude Quentel, Professeur à Rennes2 et responsable du LIRL, est bien connu de nos lecteurs, notamment par deux autres de ses ouvrages : L'Enfant, Problèmes de genèse et d'histoire (chez De Boecke) et Aux Fondements des Sciences Humaines (chez Erès).


Que veut dire être parent ? [18/04/2008] - Auteur : admin
Les  éditions  Erès  viennent  de publier : "Que veut dire être parent aujourd'hui  ?",  sous  la  direction  de  DANIEL  COUM  , psychologue clinicien,  directeur  de  Parentel,  membre  associé  au  Laboratoire d’anthropologie  et  de  sociologie  de  Rennes  2,  membre du Conseil scientifique  de  la  Fédération  nationale  des  écoles de parents et d’éducateurs. .
 
Co-Auteurs :
CECILE  ENSELLEM  - LAURENCE GAVARINI - FREDERIC JESU - CLAIRE JODRY -JEAN-PIERRE  KERVELLA  -  AGNES  LOUIS-PECHA  -  MARIA MAILAT - SOPHIE MARINOPOULOS  - MARIE ROSE MORO - JEAN-CLAUDE QUENTEL - REGIS SECHER - PIERRE-HENRI TAVOILLOT -
 
ISBN : 978-2-7492-0876-3
EAN : 9782749208763
14 x 22 - 288 pages
23.00 €
 
Présentation :
"Les  transformations  familiales  ont  produit  leur  lot  de progrès escomptés  (égalité des sexes, démocratie familiale et valorisation de l’enfant)  mais  également  leur  lot  d’effets  secondaires  négatifs (indifférenciation   des   positions   parentales,  fragilisation  des frontières  intergénérationnelles,  idéalisation  de l’enfance). Ainsi être  parent  ne va plus de soi aujourd’hui. Jamais dans l’histoire de l’humanité,  la  fonction parentale, pourtant pilier de l’organisation sociale  et  de  la construction personnelle, n’a été l’objet d’autant d’interrogations,  d’hésitations  et de doutes. Le désir d’enfant – un enfant  si  je  veux, quand je veux, comme je veux – suffit-il à faire d’un  adulte  un  parent  ?  Et  le  désir de l’enfant – son intérêt – suffit-il  à  fonder  un  nouvel  ordre  familial  ? Dans une approche pluridisciplinaire  mêlant  analyses  et  implications  pratiques, les auteurs  de  cet  ouvrage  font le point sur les particularités et les caractéristiques  du  rôle et de la fonction de parents, et démontrent la  nécessité de dessiner un au-delà des sentiments – de l’amour et de la  haine – comme autre repère pour l’exercice de la parentalité et de son accompagnement."


Hommage d'Armel Huet à Jean Gagnepain [05/02/2008] - Auteur : admin

 

Rennes le 12 octobre 2007

 

Monsieur le Président, Messieurs les Présidents

Cher Martial Gabillard représentant Monsieur le Maire

 

Cher Bruno Gagnepain

 

Chers amis.

 

Bonjour à tous et merci d’être venus à cette cérémonie. Merci Monsieur le Président, merci aux Instances de l’Université d’avoir choisi de rendre hommage à Jean Gagnepain en donnant son nom à l’amphithéâtre où il a rassemblé pendant quelques décennies, à l’occasion de son séminaire, plusieurs générations de personnes appartenant à des disciplines et à des horizons différents. Si Jean Gagnepain a en effet réussi à rassembler régulièrement, à raison  d’une douzaine de séminaires par année, autant de  personnes, c’est parce que les unes et les autres, à des titres divers, ont compris que quelque chose d’essentiel, de nouveau se disait dans ces séminaires, c’est parce qu’elles trouvaient dans les propositions de la théorie de la médiation des éclairages nouveaux concernant les questions sur lesquelles elles butaient dans leurs disciplines et leurs métiers respectifs. Et effectivement nous savons, ceux d’entre nous qui ont participé aux séminaires de Jean Gagnepain, combien la théorie de la médiation, non seulement nous a enrichi les uns et les autres dans notre réflexion, mais qu’elle a ouvert des voies nouvelles qu’il nous appartient désormais d’explorer chacun dans nos propres domaines et là où nous sommes .

 

Comme toute pensée puissante, comme toute théorie nouvelle apportant des regards inattendus, mais pertinents et nécessaires à notre compréhension du monde, l’anthropologie clinique et la théorie de la médiation ont suscité certes l’adhésion mais tout autant l’indifférence et l’hostilité, et en premier lieu dans cette université. Jean Gagnepain, nous le savons, accordait peu d’importance à ces réactions, il s’en amusait même, considérant qu’elles ne faisaient que manifester chacune l’ignorance et l’incompréhension de son entreprise scientifique. L’important pour lui, c’était d’élaborer à partir, mais au delà de sa propre discipline, les sciences du langage, les bases d’une nouvelle anthropologie, pour nous aider à mieux analyser et à comprendre autrement et de manière pertinente,  adaptée à notre temps, les phénomènes de culture. C’est en ce sens et avec cette ambition qu’il a forgé ce qu’il a appelé la théorie de médiation, différente dans sa conception des théories classiques des sciences humaines. En effet il la concevait seulement comme un simple outil pour aider à penser les phénomènes de culture, un outil devant être sans cesse amélioré par sa mise en œuvre et la confrontation à la réalité des activités humaines et par l’expérimentation.  Nous savons que Jean Gagnepain a pu satisfaire cette exigence d’expérimentation grâce à la collaboration avec Olivier Sabouraud, dont il faut aussi en cette heure saluer le rôle, car sans lui la théorie de la médiation n’aurait sûrement pas été ce qu’elle est. 

 

C’est ainsi que Jean Gagnepain a pris ses responsabilités dans le renouvellement du savoir. C’était sa manière de contribuer à l’édification d’une nouvelle université, qu’il appelait avec malice Rennes 3, une université se libérant des savoirs construits et féconds certes pour une époque dont nous vivons le terme à travers les mutations qui la transforment, mais des savoirs qui sont souvent devenus aujourd’hui des carcans, des obstacles à l’activité scientifique. Jean Gagnepain a compris très tôt que dans un monde en mutations l’université devait aussi mûter en travaillant à produire les connaissances et à imaginer les formations pour le siècle dans lequel nous entrons.

 

Si nous rendons hommage aujourd’hui à Jean Gagnepain, c’est certes parce qu’il a marqué notre université de ses enseignements et de son rayonnement intellectuel, mais c’est aussi, je le souhaite, pour marquer l’intention de faire vivre son œuvre. Il appartient alors à l’institution universitaire qui fut la sienne et aux différentes structures de recherche, notamment le Lares premier noyau de sociologues en France à s’intéresser à la théorie de la médiation et à la mettre à l’épreuve dans leurs travaux, et le Las, qui désormais a intégré en son sein le Lirl qui fut son laboratoire, de reprendre et de poursuivre son entreprise scientifique. Sans cette volonté de ces institutions respectives, notre hommage se limiterait à une simple commémoration d’un passé certes brillant, mais que l’on voudrait révolu. Ce que craignait le plus Jean Gagnepain. En effet ceux qui l’ont connu savent qu’il ne voulait surtout pas qu’on le statufie en l’honorant, ni qu’on enterre la théorie de la médiation en la conservant en l’état ou encore pire en en faisant une doctrine intouchable, et qui le serait d’autant plus qu’elle serait marginale, puisqu ’il la concevait avant tout comme un point de départ, comme un ensemble ordonné, raisonné de jalons, de repères pour des voies nouvelles du savoir sur l’humain. Comme il nous répétait sans cesse, je ne dis pas que j’ai raison, mais j’essaie de proposer quelque chose de fondé et de cohérent, de fabriquer un outil qu’il restera à améliorer et à utiliser. Et il comptait beaucoup pour cela que l’on dépasse les frontières de l’université pour travailler avec les hommes et femmes qui sont confrontés dans l’exercice de leurs métiers à l’exigence de nouvelles approches, de nouveaux outils. C’était sur la fin de sa vie une de ses grandes préoccupations. Saurions-nous faire un autre usage de la théorie de la médiation qu’un usage académique ? Saurions nous organiser et recevoir les contributions de ceux qui par leurs métiers font le monde au quotidien ?

 

Je voulais seulement insister sur ces deux points en ce jour de reconnaissance et d’hommage. Je terminerais en rappelant que Jean Gagnepain certes nous a laissé une œuvre marquante et qui marquera assurément les sciences humaines. Nous, une partie de sociologues, rennais, extérieurs ou étrangers, nous devons beaucoup à Jean Gagnepain, et je dirais sur tous les plans. Jean Gagnepain nous a marqués par les qualités de sa personne, qualités qu’il manifestait sans cesse par son humour plein de sel mais toujours bienveillant. L’humour faisait partie de sa méthode. Qu’est-ce qu’il nous a fait rire !. Et bien continuons à rire de nos difficultés de toutes sortes si nous voulons que vive l’œuvre de Jean Gagnepain. ! Il faut rappeler aussi la qualité qu’il apportait dans ses relations. Et on se doit de retenir son exemple, si dans cette université nous voulons nous entendre comme il était si facile de s’entendre avec Jean Gagnepain, quelles que soient les divergences que tels ou tels collègues puissent avoir avec lui.

 

Merci à tous

Merci aux collègues du Lirl

Merci à Irne Brunel, à Thérèse Olivier, à Martine Autret, à Aurélie Bertrand, et aux autres personnes qui ont pu les assister pour la préparation de cette manifestation.

Merci à Bruno Gagnepain d’être venu. Nous sommes honorés de votre présence cher Bruno. Vous ne manquerez pas de transmettre nos salutations et notre amitié à Madame Gagnepain qui est pour bon nombre d’entre nous continue d’assurer la présence vivante de Jean Gagnepain. Dites lui combien nous l’estimons et l’aimons.


Pour un éloge de Jean Gagnepain [18/10/2007] - Auteur : admin

Pour un éloge de Jean Gagnepain

Michael Herrmann

 

Monsieur le Président de l'Université Rennes 2,

Mes chers collègues,

Mesdames et Messieurs,

et  bien entendu, je m'adresse aussi, à distance, à Madame Jean Gagnepain, ainsi qu'à Maître Bruno Gagnepain, ici présent -

 

Voilà bientôt deux ans que Jean Gagnepain n'est plus parmi nous, et pourtant il nous réunit  une fois encore, et c'est à sa suite que nous entrons dans l'université. Dans notre cortège il y a, hélas, quelques grands absents, compagnons de route qui ont partagé l'aventure intellectuelle de la médiation. Et au moment d'inaugurer l'amphithéâtre « Jean Gagnepain » » nous y associons  le souvenir d'Olivier Sabouraud, de Philippe Bruneau et de Jacques Schotte.

 

Qu'à  l'occasion de cette inauguration nous prenions la parole, ou que nous honorions notre maître par notre seule présence, cela importe peu, puisque nous nous savons unis dans son esprit. C'est que chacun de nous dans son histoire personnelle peut localiser et mémoriser cet instant exceptionnel, je veux dire : la première rencontre avec cette parole et cette pensée.

 

S'il m'est permis d'évoquer mon cas particulier, mon chemin de Rennes s'est engagé sur le conseil de Harald Weinrich, le grand linguiste allemand, auteur du livre Tempus, alors au sommet de sa gloire universitaire. « —Puisque vous êtes à Nantes, me disait-il, profitez-en pour aller voir mon collègue et ami Jean Gagnepain.. » Je dois dire que j'ai commencé ce parcours initiatique avec une grande naïveté. On parlait beaucoup à l'époque de « pluralisme méthodologique » —manière élégante de ne pas s'engager ou de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier—,  et je pensais trouver à Rennes un simple complément d'information linguistique, et dans le séminaire sur la syntaxe, un chapitre supplémentaire dans le panorama des théories contemporaines.

 

Et il fallut un certain temps au nouveau-venu pour mesurer la portée d'affirmations comme celles-ci : la théorie de la médiation n'est pas théorie du langage, mais de la rationalité, ou encore: le langage n'est pas un objet scientifique, et pour commencer à entrevoir quelques conséquences du principe de la raison diffractée. C'était là le point de rupture avec ce qu'on appelle volontiers la communauté scientifique, à laquelle par goût du confort intellectuel, peut-être aussi par souci de carrière on aurait voulu se rattacher.

 

Mais quiconque assistait à l'enseignement de Jean Gagnepain, s'exposait à un risque – celui de l'incompatibilité avec les théories environnantes et dominantes. Risque joyeusement assumé par tous les présents – il est difficile aujourd'hui de donner une idée de la concentration passionnée qui animait l'assistance – et risque largement compensé par la jubilation intellectuelle que procurait la découverte de tant d'horizons nouveaux vers lesquels nous avancions. Un carré d'irréductibles, rassemblés « dans la sympathie et dans l'Ouest », comme l'écrivait Jean Gagnepain en 1974 dans la préface du premier livre d'inspiration médiationniste, « L'Esprit des mots » de Jacques Bonnet et Joël Barreau. Les disciples de cette première période ne pouvaient se référer qu'à un enseignement oral, et la dite préface les comparait à des Platon transcrivant les propos d'un Socrate.

 

Et, pour rester dans l'ordre hellénique, j'aimerais rapprocher ce qui devait plus tard s'appeler l'Ecole de Rennes, du Lycée d'Aristote. Lycée fondé sur le seul enseignement oral, c'est-à-dire sur l'éclat et la précision d'une parole cent fois enregistrée, et sur l'énergie jamais découragée d'une pensée qui passait en permanence à la limite et  dont la progression était ponctuée par cette formule récurrente: Il faut aller plus loin. Il est tentant de faire ici un rapprochement avec un point de vue pessimiste sur l'université actuelle, paru récemment en Autriche, dont l'auteur faisait remarquer que suivant les critères en vigueur d'évaluation de la qualité scientifique, le philosophe Immanuel Kant aurait été déclaré inapte à l'enseignement supérieur et écarté de l'université, puisqu'il n'avait pour ainsi dire rien publié avant la Critique de la raison pure, c'est-à-dire avant l'âge de 57 ans.

 

Mais il s'agissait pour moi de reprendre l'enseignement dans l'université allemande, ce qui revenait à vivre un déphasage programmé. Et la validité de cet axiome de départ, bien connu des médiationnistes - « ce qui fait le verbe grammaire n'est pas ce qui le fait français, allemand ou anglais » - n'avait cours que dans le domaine français devenu une antenne de la théorie de la médiation. Lorsque parut enfin « Du Vouloir Dire », le premier volume me parvint avec cette dédicace adressée au « Boniface de la médiation », ce qui à la fois était flatteur dans la mesure où Boniface avait évangélisé la Germanie, et  inquiétant puisqu'il avait fini sous les coups des incroyants. Mais l'important était que le mot « médiation » figurait désormais dans le fichier thématique de notre Bibliothèque universitaire, et que le nom de  Jean Gagnepain devenait une entrée en matière et un programme. Nous le lisions dans le texte et nous discutions avec lui par livre interposé; je ne cache pas qu'on l'interpelait sur certains passages – celui, bien connu, sur la dialectique de l'appropriation et de l'échange, affirmant que « c'est tout un d'échanger des mots, des biens ou des femmes ».

 

 On comprend que l'observation ethnographique ait pu heurter notre sensibilité occidentale – la formule, on le sait, avait déjà été relevée sous la plume de Lévi-Strauss – mais plus que le féminisme, ce qui est en cause, c'est une certaine inertie de pensée, notre difficulté à séparer un principe de ses applications, à ne pas confondre le principe de l'échange du contenu de l'échange, et, surtout, s'agissant de la dialectique du plan social, à admettre que toute appropriation par la personne confère un statut personnel, et que les choses et les objets non personnalisés se situent sur un autre plan.

 

 

Bien entendu, ce témoignage d'apostolat n'a rien d'exceptionnel – l'expérience de l'éloignement après tout était partagée par d'autres collègues, ceux et celles de Belgique, de Grèce, des Etats-Unis, sans oublier ceux de bien des villes de France,  – et il y avait toujours le réconfort d'un possible retour à la source, certain jeudi après-midi, et je cite encore, « dans l'Ouest et dans la sympathie », pour décrire l'ambiance qui était perceptible aussi bien dans l'amphithéâtre de Jean Gagnepain qu'au secrétariat animé (au sens étymologique) par Monique Morvan, inséparable de cette période glorieuse.

 

Mais il s'agissait, loin de Rennes, de faire bon usage de la médiation. En résistant d'abord à la tentation d'exposer méthodiquement la tétramorphie, les quatre plans de médiation, les phases dialectiques, l'analyse réciproque des faces ou la projectivité des axes: car la complexité de l'exposé aurait immanquablement fait penser au plan de construction d'un immeuble de quatre étages  dont l'architecte était à  ranger dans la liste des ingénieux bâtisseurs de systèmes. C'était à coup sûr trahir l'esprit de Jean Gagnepain, qui précisément refusait d'entrer dans cette liste. Non qu'il se situait en dehors de la chronologie, mais parce que la juxtaposition aurait donné l'illusion du point commun – de l'objet en soi avec différentes manières de le penser: il avait l'habitude de dire que c'est l'habit qui fait le moine et qu'il n'y avait pas de moine sous l'habit.

 

La médiation n'est pas un édifice, car l'édifice  tient par la statique, alors que la théorie de la médiation au contraire n'existe que par la dialectique, sa seule réalité, c'est la contradiction entre les instances, dont aucune n'existe en elle-même, ou dans les termes de la théorie, aucune ne doit être réifiée, tout est dans leur relation, que celle-ci s'appelle projectivité, réciprocité, dialectique ou analogie. Or si le travail de recherche doit consister aux yeux du plus grand nombre, à apporter des pierres à un édifice,  la théorie de la médiation en guise de pierres, ne proposera que des relations, et son créateur nous invite, contre tous les positivismes, à faire le deuil du point fixe que nous ne pouvons nous empêcher de postuler. Pas d'édifice donc,  pas de première ou de derniere pierre, et surtout pas d'étages superposés les uns sur les autres.

 

Car l'anthropologie médiationniste exclut toute hiérarchie et toute superstructure: le langage, l'art, la société, le droit représentent à égalité la rationalité de l'homme; l'homme de paroles ne doit jamais prendre le pas sur l'homme de droit ou sur l'homme social. Si l'auteur commence son exposé par le DIRE , il prend soin de nous avertir que cette entrée en matière ne reproduit nullement l'organisation de la raison humaine, mais reflète seulement la façon dont sa propre histoire singulière l'a amené à l'illustrer. Que le visiteur éclectique ne s'y trompe pas : DU VOULOIR DIRE, ce n'est pas un monument qu'on admire, mais un atelier où l'on met la main à la pâte, où il s'agit non d'apprendre sa leçon mais de prendre sa part dans le savoir à constituer. C'est un endroit on ne peut moins fermé, placé d'entrée de jeu sous le signe, non de Procuste, qui  emprisonne, mais de Mendeleïev, qui ouvre à la recherche de nouveaux espaces.

 

Car le maître des lieux se méfie du respect, qu'il considère comme une manière de prendre ses distances ou une façon de refuser son concours. Voilà pourquoi à ses yeux, le vrai maître,  ce n'est pas celui qu'on honore, mais celui qu'on s'approprie ou celui qui se consomme, en allant jusqu'à la métaphore alimentaire. On ne peut s'empêcher de rapporter à lui tout spécialement cette définition générale qu'il donne de la paternité du père, sachant que pour la médiation, la paternité culturelle ou déontologie représente l'une des faces de la personne: « c'est une redevance sans créance », dit-il, entendant par là que c'est une dette inextinguible et non remboursable, car constitutive de la paternité.

 

Ceci doit amener le disciple que je suis à constater que le bon usage de la médiation est  aussi un bon usage de la fidélité. Fidélité au plan humain d'abord. Lorsqu'il parlait de ses étudiants, Jean Gagnepain disait: « ceux qui me font l'honneur de me suivre », et il aimait à rappeler  ce passage des Colchiques d'Apollinaire disant que les mères sont « filles de leurs filles », tant il était persuadé que la médiation était une oeuvre commune. On peut dire qu'il était proche de tous ses étudiants. Le plus anonyme d'entre eux, le plus effacé, le plus naïf, avait pour lui la même importance et la même dignité que le plus brillant ou le plus prometteur. Non seulement parce qu'il considère le bon sens comme la chose la mieux partagée, mais plus précisément parce que la raison est à ses yeux sans qualité autre qu'humaine. On peut dire que tous ceux qui le fréquentaient avaient pour lui de l'attachement, et j'ajouterai un détail. Au moment de sa disparition, j'ai reçu en Allemagne des témoignages de sympathie de la part d'anciens étudiants, qui sans l'avoir connu personnellement, voyaient en lui une présence familière, et avaient le sentiment qu'ensemble nous avions perdu un proche.

 

Mais je voudrais surtout insister sur une autre fidélité. Jean Gagnepain est toujours resté fidèle à lui-même, sa fermeté, son refus de transiger avec ses propres convictions ne s'est démenti à aucun moment.  Si sa théorie nous impressionne aujourd'hui par sa rigueur, il faut se dire que ce parcours rectiligne est le résultat d'un combat permanent contre la déviation et la facilité, contre la tentation de changer de regard à chaque nouvelle observation. Car toujours le regard a tendance à se porter sur le phénomène, et il fallait au chercheur en sciences humaines beaucoup de force intellectuelle pour résister à la pression des manifestations observables. Pour ne pas laisser détourner l'attention de l'essentiel, à savoir que les données observées ne sont pas immédiates, mais contradictoires avec l'instance qui permet de les poser. Pour maintenir le modèle contre le poids des apparences et des évidences qui se présentent au regard empirique comme des points de départ, alors qu'elles sont à construire et à expliquer, et que le lieu de leur explication n'est pas le lieu de leur manifestation. Il n'est pas facile de résister à la pression environnante dans une conjoncture où les observations se multiplient et où la communauté scientifique n'est pas disposée à admettre d'autre approche de l'humain que celle qui se dit evidence based. « Cessez de vous obstiner, semble-t-elle dire au créateur de la théorie, abandonnez donc votre modèle de l'autoformalisation, rendez-vous à nos évidences ».

 

A l'opinion dominante, Jean Gagnepain opposait cette sorte d'orgueilleuse modestie qu'il trouvait chez Diogène. « Enlève-toi de mon soleil », c'est le seul bienfait que le philosophe acceptait d'Alexandre, qui l'aurait comblé de richesses. C'est ce même détachement que nous relevons chez l'auteur du VOULOIR DIRE : dans l'aventure des sciences humaines à fonder, dit-il, le succès ne dépend pas des ordinateurs, des livres, des crédits, mais « de ce dont le plus dépourvu ne saurait manquer : du temps, de la rigueur, de l'esprit ».

 

Cette attitude n'a jamais varié, et du dernier livre, Raison de plus ou Raison de moins, j'extrais cette phrase: « À ceux qui nous demandent, non sans ironie, ce que nous apportons, je réponds sans ambages : Rien. » On voit bien la situation et les interlocuteurs. La puissance d'un côté, celle d'Alexandre, ou de nos jours, celle de la pensée unique, et en face, l'indépendance d'esprit, le refus de s'arranger avec le dogme. Et l'ironie de la question, qui est de tous les temps: montre-nous donc ton maître, lançait-on aux apôtres, et: que nous apporte la théorie de la médiation, de quoi parle-t-elle ? Entendons: puisqu'elle ne parle pas comme nous autres de faits concrètement observés, elle ne parle donc de rien du tout. Et voici que l'argument se retourne contre le détracteur: en effet, nous parlons du principe du rien, de la négativité ou de cette capacité d'abstraction qui dialectiquement est à la base de  tout fait humain. Introduire la théorie de la médiateté, apporter le principe du zéro, certes, n'est pas un geste spectaculaire ni un événement fracassant. Mais s'il est vrai, comme disait Nietzsche, que les grands événements arrivent sur des pattes de colombes, ceux qui ont eu l'énorme privilège d'y assister, ont aussi l'absolu devoir d'en rendre témoignage.


Hommage de JY Urien à Jean Gagnepain [16/10/2007] - Auteur : admin

12 10 2007. Jean-Yves Urien

MM. les présidents, Cher Bruno Gagnepain, Mes chers collègues et amis.

S’il en est qui peuvent témoigner de la chance exceptionnelle qu’ils ont eu de connaître Jean Gagnepain, c’est bien toute équipe de ceux qu’il avait choisi pour ses collaborateurs en Sciences du Langage, et dont je suis un instant le porte parole. Il m’est impossible de lui rendre pleinement hommage, tant sont variés les aspects de ce qu’il nous a apporté, professionnellement et humainement. Mes collègues viennent d’en souligner les aspects les plus marquants. Je prends le risque de résumer notre hommage par une formule paradoxale : Merci Monsieur Gagnepain d’avoir été un bon fonctionnaire.

Gagnepain fonctionnaire ! Comment l’entendez-vous ? Certes, il ne fut pas un rouage qui fait tourner l’institution en silence. Personnage, sans doute, mais sûrement pas… « une huile ». Il fut un jour convoqué rue d’Antrain par le Recteur-Chancelier, en fonction d’administrateur de cette université par temps de crise. Il était sommé de rejoindre un projet d’UER du Comportement, – Au secours, Skinner revient –. Vous pensez bien que sa ferme objection de conscience s’est faite entendre, ce qui permit plus tard de déboucher sur une UFR des Sciences Humaines, ce qui a une tout autre portée.

Fonctionnaire pourtant, vraiment, si l’on nomme ainsi celui dont le métier est de rendre service au public qui se confie à lui, qu’il s’agisse de ses collègues ou de ses étudiants. Il a été un serviteur, un maître-serviteur du public, dans toute la plénitude de cette fonction et la diversité de ses rôles. À savoir, selon le prisme qu’il nous a fait découvrir, un enseignant, un maître d’apprentissage, un instituteur et un éducateur.

Enseignant et chercheur, (cela va ensemble), il nous a instruits et formés à instruire autrui. Chercheur lui-même, nous sommes devenus chercheurs grâce à lui. Il enseignait aux étudiants une curiosité permanente, et aussi les exigences de méthode qui permettent, quel que soit le métier, de renouveler son regard sur les choses. Il enseignait un questionnement méthodique, constitué par un réseau cohérent d’hypothèses à tester, appelé, à juste titre, une théorie. Très différent du savant qui « accumule les savoirs », selon la formule usuelle tirée sans doute de Bouvard & Pécuchet. Sur ce plan, proprement scientifique, Jean Gagnepain a été un pionner permanent, un aventurier des idées ; celui que Nietzsche appelait un « original ». « Voir quelque chose qui ne porte pas encore de nom, qui ne peut pas encore être nommé quoique tout le monde l’ait sous les yeux. Les originaux ont été aussi les nommeurs ». Il nous a donné à voir et à nommer. Ainsi, l’apport essentiel de la méthode clinique ; le caractère multiple de la rationalité, dont il découle qu’il faut ranger la notion de langage dans l’armoire aux illusions, avec le phlogistique et les humeurs. Suivant la conviction de Saussure d’ailleurs. Il a aussi été le premier à proposer un modèle axiologique à une époque où la « morale » relevait de la philosophie, et où la dimension éthique de l’humain n’était pas un objet d’étude scientifique. Il y fallait beaucoup d’audace, et une envergure intellectuelle exceptionnelle, pour oser transformer en projet scientifique le vœu de Térence : « Homo sum : humani nihil a me alienum puto ». (« Je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ». N’oublions pas que cette phrase célèbre est tirée d’une pièce de théâtre qui s’intitule « L’homme bourreau de lui-même »)). Quitter les « humanités » pour explorer une anthropologie ; en expliciter les conditions scientifiques. Tel est le premier défi dont ont pu se nourrir des générations d’étudiants et de collègues.

Jean Gagnepain, maître d’apprentissage. Par là, je veux seulement rappeler que dans cette université de lettrés, où prime le verbe, Jean Gagnepain a enseigné ici même la technologie, à une masse d’étudiants de toutes disciplines, qui, sans lui, seraient passés à côté de l’étude cette dimension de l’humain qu’est l’ingéniosité technique. 150 pages du 1er tome du Vouloir Dire, partie intitulée De l’Outil, portent témoignage de son expertise dans ce domaine. Cette attention portée à l’homo faber a marqué tous ses étudiants et ses collègues.

(Je rends hommage à …)

Jean Gagnepain, instituteur. Oui, si l’on entend par « institution », je le cite, « ce processus d’acculturation par lequel nous engendrons notre être (social) ». L’instituteur, disait-il aussi, c’est celui qui aide autrui à exercer pleinement son aptitude à la Personne.

Quant à lui, il mettait au-dessus de tout le respect du projet des étudiants. En somme, il manifestait toujours une foi en l’autre, collègue ou étudiant. Il agissait de sorte que l’autre révèle ses capacités ; et les mette en œuvre.

Quant à nous, le fait est qu’il nous a permis de travailler sur des domaines très divers : l’enfance pour l’un, les pathologies de la culture, le statut des sciences de l’humain, pour d’autres et même le fonctionnement de la syntaxe… Nous lui rendons hommage de nous avoir formés à la fois à accepter la diversité de nos histoires et de nos projets intellectuels, et aussi, à vivre ensemble en bonne intelligence, au service des étudiants.

En somme, il nous a montré que la paternité, l’aptitude à rendre service, crée chez celui à qui l’on rend service, une dette que l’on ne peut pas rembourser, mais que l’on a le devoir de transférer sur autrui. La véritable marque de reconnaissance envers Jean Gagnepain est donc dans l’exercice de notre métier auprès des plus jeunes. « Ce qui est à César, rendez-le… aux fils de la République ».

Jean Gagnepain, éducateur : un homme d’esprit, un esprit libre, un maître.

L’éducateur, disait-il, exerce autrui au plaisir légitimé, qu’il appelait liberté, et qu’il séparait radicalement de l’indépendance et de l’autonomie. Haung San Suu Kyi est libre en sa prison. Il suivait en cela l’aphorisme de Nietzche : « Quelle est la marque de la liberté réalisée ? : ne plus rougir de soi ». C’est extrait du recueil, Le Gai Savoir. Ce titre résume très exactement la perspective éducative de Jean Gagnepain. Ses collègues et tous ceux qui ont fréquenté ce lieu peuvent témoigner de cette chance d’avoir partagé « le gai savoir ».

Entendons-nous bien. On a toujours beaucoup ri dans cet amphithéâtre, parce que la bonne humeur était pour Jean Gagnepain l’atmosphère nécessaire à son propos. Comediente !, pour une part.

Le Gai savoir, c’est autre chose. Pour lui, c’était une vertu morale, un exercice spirituel. « Witz, Geist » plutôt que « Mind ». Cet amphithéâtre a été un lieu de plaisir intellectuel, parce que ce plaisir était réglementé par un réseau d’exigences et de restrictions. Nulle part ailleurs nous n’avions vu associés la notion de Raison et la notion de rationnement qui transforme la pulsion en joie libératrice, en « libre pensée ». Plaisir paradoxal du chercheur qui expose ses difficultés, ses espoirs, et ses découvertes, toutes relatives. Le rire était donc l’expression d’une autodérision mesurée caractéristique de notre humaine condition. Il nous a d’ailleurs bien des fois, annoncé que le « Vouloir dire » serait complété par « Du Vouloir rire ». Cette attitude est bien celle d’un homme libre.

En retour, nous pouvons témoigner combien son enseignement a été gratifiant. Certes son érudition était impressionnante ; l’originalité de ses points de vue pouvait être dérangeante. Mais il ne se comportait pas avec son auditoire en Excellence pour qui les autres sont des Nuls. Au contraire, on sortait de cet amphithéâtre en ayant l’impression d’être plus intelligent, parce qu’il nous enseignait comment observer l’humain d’une manière nouvelle. Nous lui en savons profondément gré.

Voici, pour terminer, ce que déclarait ce libre penseur en introduction à son traité de sciences humaines : « Le succès de cette aventure dépend surtout de ce dont le plus dépourvu ne saurait manquer s’il est sage : du temps, de la rigueur, et de l’esprit ».

Hommage soit rendu à Jean Gagnepain qui a fait de ce lieu clos un de ces lieux « où souffle l’esprit ».

Merci à toutes et à tous de vous associer à cet hommage.


Hommage du LIRL à Jean Gagnepain [15/10/2007] - Auteur : admin
Le Professeur Jean Gagnepain nous a quittés le 3 janvier 2006, à l'âge de 82 ans. Né en 1923 à Sully sur Loire, agrégé des lettres classiques, il était venu à la linguistique à la suite des cours d'Emile Benveniste et d'une rencontre avec Jules Vendryes, deux éminents linguistes du XXe siècle. Sous sa direction, il réalise une thèse remarquée sur le celtique, après huit années passées dans en Irlande. En 1958, il est nommé pour son premier poste à Rennes, où il demeurera jusqu'à la fin de sa carrière, refusant l'idée d'aller enseigner ailleurs et notamment à Paris. C'est à Rennes qu'il fait la connaissance du neurologue Olivier Sabouraud ; cette rencontre sera décisive pour son orientation scientifique. Tous deux collaborent étroitement et publient en 1963 un long premier article sur l'aphasie qui aura un retentissement international et fait d'eux des spécialistes mondialement reconnus de la question. L'ambition de Jean Gagnepain ne s'arrêtera pas à l'aphasie, ni même à l'étude du langage. Il élabore au fil des années un modèle anthropologique qu'il dénomme "Théorie de la médiation". Ce modèle couvre l'ensemble des sciences humaines et a comme particularité de se fonder sur la clinique. Aux yeux de Jean Gagnepain, en effet, la clinique - ou plus précisément les pathologies - a un rôle essentiel à tenir dans les sciences humaines dans la mesure où elle constitue un point de résistance déterminant à l'élaboration théorique. D'où l'appellation d' "anthropologie clinique" que l'on donne souvent à son modèle.
 
Orateur et enseignant hors pair, Jean Gagnepain fait partie de ces  professeurs de grande stature, qui appartiennent à une tout autre époque que la nôtre. Il pouvait enflammer, et aussi réjouir, un amphithéâtre. Il formera à Rennes des générations d'étudiants, d'enseignants et de chercheurs, qui gardent de lui un souvenir inoubliable. Son audience est considérable. Dans les années 1970, il faut arriver longtemps à l'avance, le samedi matin, pour trouver une place dans l'amphithéâtre du grand hall où il dispense son cours de linguistique générale. Plus tard et jusqu'à la fin de sa carrière, et même au-delà, c'est dans l'amphi B du bâtiment E qu'il dispensera son fameux séminaire qui s'étale en définitive sur plus de quarante années. Y assistent des personnes de tous horizons et de toutes disciplines, venant de tout le grand ouest et bien souvent d'ailleurs. On soulignera le fait que Jean Gagnepain a formé nombre de collègues actuellement en poste à l'Université de Rennes 2, dans plusieurs départements et UFR différents. On lui doit plus particulièrement la création de la section de sciences du langage, ainsi que du L.I.R.L., Laboratoire Interdisciplinaire de recherches sur le Langage, lequel publie aux P.U.R. la revue Tétralogiques, dont il est également le fondateur. La collaboration scientifique entre l'équipe qu'il a formée et le C.H.R.U. de Rennes a continué après lui et dure donc à présent depuis plus de quarante ans.
 
Refusant de sacrifier aux modes, écartant toute forme de publicité pouvant être faite autour de lui, Jean Gagnepain n'a jamais travaillé à une reconnaissance autre que purement scientifique de ses travaux. Toute son énergie est consacrée à l'élaboration de son modèle et à sa mise à l'épreuve à partir de la clinique. Il présidera toutefois, pendant plusieurs années, la section linguistique du CNU. Il publie à partir de 1982 un gros traité d'épistémologie des sciences humaines, en trois tomes, qu'il intitule Du Vouloir Dire . Nombre de chercheurs d'universités françaises et étrangères inscrivent aujourd'hui leurs travaux dans le cadre du modèle qu'il a élaboré et on peut s'attendre à ce que ce rayonnement s'accentue dans les années à venir. Son dernier ouvrage, Raison de plus ou raison de moins  est paru en 2005 aux Editions du Cerf. Avec lui, c'est incontestablement une des grandes figures de l'université rennaise qui s'éteint, mais il laisse une pensée vivante.
 
L'équipe des enseignants-chercheurs des Sciences du Langage.


Téléchargement : Ne me Parlez Pas De Ça [09/10/2007] - Auteur : admin
"Ne me parlez pas de ça", nouvel article de Michael Herrmann
 
Source: Literatur und Macht, Festschrift zur Emeritierung von Karl-Heinz Bender. Herausgegeben von Karl Hölz und Hermann Kleber, Verlag Peter Lang, 2005, pp.65-77
 
(pour télécharger, cliquer ce LIEN)
 
"Dans la première partie de l'article, il s'agit de construire le regard médiationniste, en présentant à des lecteurs non initiés les concepts-clé de la théorie. Ce regard est ensuite appliqué à un texte, auquel on a emprunté le titre, de Nathalie Sarraute, qui met en scène un "jeu" psychanalytique:  c'est à qui pourra dire ou non la phrase-titre. 

Dans quelle mesure ce  "pouvoir-dire"  relève-t-il de la légalité de la  règle du jeu, ou du risque encouru par chaque joueur?"
 
Texte en allemand.


In memoriam : Jacques Schotte [22/09/2007] - Auteur : admin

Jacques Schottes nous a quittés le 19 septembre.

Jacques Schotte était psychanalyste et professeur aux universités catholiques de Leuven et de Louvain-la-Neuve. À ce titre, il a formé d'innombrables psychologues, psychanalystes et professeurs de psycho-pathologie des universités belges. Il est par ailleurs le co-fondateur de l'Ecole Belge de Psychanalyse.

Il a développé sur base de sa connaissance profonde de la psychanalyse, de la phénoménologie et de la Daseinsanalyse de Binswanger, et de l'analyse du destin de Léopold Szondi, une nouvelle approche de l'homme malade mental, qu'il nomma "Pathoanalyse". Il visait au-delà de cette discipline le développement d'une psychiatrie "autologique", recentrée sur ses fondements proprement humains: l'Anthropopsychiatrie.

Sa rencontre avec Jean Gagnepain fut favorisée par les liens communs qu'ils avaient avec Marie-Cécile Ortigues, Olivier Sabouraud et Jean Oury. La profonde amitié entre Jacques Schotte et Jean Oury, fondateur de la Clinique de la Borde, haut-lieu de la psychothérapie institutionnelle, a conforté les relations étroites entre Jean Gagnepain et Jean Oury. Ces relations, qui faisaient suite à celles qu'il avait déjà nouées avec F. Tosquelles, ont achevé de convaincre Jean Gagnepain de l'importance de la psychothérapie institutionnelle au regard du modèle de la Personne.

Surtout, les échanges avec Jacques Schotte ont conduit Jean Gagnepain à travailler plus profondément les rapports entre neurologie et psychiatrie. Ils l'ont fait infléchir son modèle sur certains points, notamment en ce qui concerne les psychopathies, dont Jacques Schotte et ses élèves louvanistes sont de grands spécialistes.

Jacques Schotte avait fait paraître en juin 2006 "Un parcours", ouvrage qui relate son cheminement de psychiatre et psychanalyste.


Les fondements des Sciences Humaines [03/09/2007] - Auteur : admin2
En cette rentrée 2007, Jean-Claude Quentel, connu de nos lecteurs notamment pour ses deux ouvrages fondamentaux L'Enfant et Le Parent, nous apporte une réflexion précieuse sur l'épistémologie des sciences humaines, en indiquant les conditions d'une reconfiguration -disons d'une renaissance- de celles-ci.
 
L'ouvrage (250 pages) paraîtra le 13 septembre aux éditions ERES sous le titre "LES FONDEMENTS DES SCIENCES HUMAINES" (ISBN : 978-2-7492-0772-8 ).
 
"Les sciences humaines connaissent, en ce début de XXIe siècle et depuis trois décennies déjà, une période d’important reflux alors que, nées seulement depuis un peu plus d’un siècle, elles auraient dû au contraire s'orienter vers une phase de plein épanouissement. Comment comprendre ce phénomène ? Un recul sur leurs fondements s’avère nécessaire ; il constitue sans nul doute l’une des meilleures manières de questionner la pertinence de leur projet.

L'auteur s'attache ici à restituer la problématique à partir de laquelle les différentes sciences humaines se sont élaborées, non dans une perspective historique, mais dans le seul but d’éclairer les problèmes dont nous héritons aujourd’hui concernant l’homme saisi dans son fonctionnement spécifique. Cet ouvrage a par conséquent une portée épistémologique. Il interroge d’abord la prétention des sciences humaines à la scientificité, tout à la fois du point de vue de leur nécessité et de leur légitimité, avant de questionner dans le détail la nature de l’objet qu’elles se donnent et de définir enfin, plus précisément, les caractéristiques spécifiques de celui-ci. Un tel travail constitue une introduction aux sciences humaines en général, mais il conduit surtout à une reconfiguration d’ensemble du projet des sciences humaines à venir." (4e de couverture).

Cet ouvrage constitue une précieuse introduction à la problématique des sciences humaines. Ecrit de manière agréable, claire et méthodique, il intéressera les chercheurs, et parmi eux ceux qui ont le sentiment que les sciences humaines ont impérativement besoin de recadrer leurs projets et leurs méthodes, aussi bien que les étudiants désireux de dépasser la vision parcellaire que leur impose l'approche disciplinaire.

TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION

I° partie - LA VISÉE SCIENTIFIQUE DES SCIENCES HUMAINES

La science à propos de l’humain

I) NÉCESSITÉ SOCIALE ET NÉCESSITÉ EXPLICATIVE

1) L’utile et le fonctionnel

2) Métier et théorisation

3) Discipline et recherche fondamentale

II) DÉMARCHE SCIENTIFIQUE ET DOMAINES DE RÉALISATION

1) La visée scientifique

2) La science et son histoire

3) La science et les sciences

III) CIRCULARITÉ ET OBJECTIVITÉ

1) Utilisateur et producteur

2) L’anthropomorphisme comme objet

3) Objectiver de l’humain

II° partie - UNE SCIENCE DE L’HUMAIN

L’humain comme objet de science

I) LE GÉNÉRAL ET L’UNIVERSEL

1) L’arbitrarité et l’absence d’universaux

2) La singularisation

3) Le registre du général

II) LA RÉALITÉ HUMAINE

1) Un ordre de détermination spécifique

2) Les visées réductionnistes

3) L’immanence causale

III) L’HOMME PLURIDIMENSIONNEL

1) Disciplines et indiscipline

2) La tendance à l’unidimensionnalité

3) Des déterminismes co-occurrents

III° partie - LES SCIENCES HUMAINES

Les caractéristiques de l’humain

I) LE REGISTRE DE L'IMPLICITE

1) Les leçons de l’inconscient freudien

2) Des " inconscients " d’un autre ordre

3) L’illusion de la transparence et de l’immédiateté

 II) STRUCTURE ET NÉGATIVITÉ

1) L’héritage de Saussure

2) L’extension de la notion de structure

3) Les limites du structuralisme

 III) UN FONCTIONNEMENT DIALECTIQUE

1) La dialectique marxiste et ses enjeux

2) La notion d’historicité

3) Une dialectique hors l’histoire

CONCLUSION

BIBLIOGRAPHIE

INDEX DES NOMS CITÉS

INDEX ANALYTIQUE

 

 

 

 

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Le Quoi_de_neuf [05/02/2008]
Téléchargement Tétralogiques [04/01/2008]
Ne Me Parlez Pas De Ça [09/10/2007]
Par-delà nature et culture : la dialectique ? [18/06/2006]
Démocratie industrielle et participation [23/05/2006]
LE LANGAGE [07/05/2006]

 
 
 
     
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